En Éthiopie, au Zimbabwe, en Ouganda et au Niger, DeepSeek capte désormais entre 11 % et 14 % de part de marché des assistants d’intelligence artificielle, un niveau que peu d’observateurs auraient anticipé il y a encore deux ans. Depuis son lancement fracassant qui a fait chuter la valeur boursière de plusieurs géants technologiques américains, l’application chinoise s’est imposée comme un phénomène particulièrement puissant sur le continent africain. Voici pourquoi DeepSeek cartonne autant en Afrique, et ce que cela révèle sur les besoins réels du marché.
Une ascension fulgurante sur les stores d’applications
À son pic, l’application DeepSeek s’est hissée dans le top 10 des applications gratuites dans 111 pays sur l’App Store d’Apple, et dans 18 pays sur Google Play. Sur iOS, elle est même devenue l’application gratuite numéro un aux États-Unis et dans 51 autres pays. En quelques jours seulement, ses téléchargements ont dépassé les 3 millions, doublant en l’espace d’un week-end pour atteindre 2,6 millions de téléchargements cumulés sur les deux plateformes mobiles. Une performance qui a directement bousculé la position de ChatGPT en tête des classements dans plusieurs pays.
L’Égypte parmi les plus gros marchés mondiaux de DeepSeek
Sur le plan géographique, l’Égypte figure parmi les cinq plus gros marchés mondiaux de DeepSeek en nombre de téléchargements depuis son lancement, aux côtés de la Chine, des États-Unis, de la Russie et de l’Algérie. Cette présence égyptienne dans le top 5 mondial, aux côtés de pays bien plus peuplés et connectés, illustre à quel point l’appétit africain pour des outils d’IA gratuits et performants dépasse largement ce que suggèrent les statistiques classiques de pénétration numérique du continent.
Pourquoi un tel engouement ? Le prix change tout
La principale explication de ce succès tient à l’économie du modèle. Le modèle V3 de DeepSeek égale les performances d’un modèle de la classe GPT-4 tout en coûtant environ 30 à 50 fois moins cher par token d’API, et ses poids sont librement téléchargeables. Pour des marchés africains où le pouvoir d’achat limite l’accès aux abonnements payants des concurrents occidentaux, cette gratuité et cette accessibilité en open-weight lèvent une barrière d’entrée décisive. Combinée à un accès mobile-first et à des partenariats avec des opérateurs télécoms locaux, cette accessibilité financière explique pourquoi DeepSeek progresse plus vite sur le continent que dans la plupart des marchés occidentaux.
Le Kenya, laboratoire d’usage professionnel
Au-delà de l’usage grand public, DeepSeek trouve aussi des applications professionnelles concrètes. Au Kenya, plusieurs startups fintech utilisent déjà l’outil pour analyser des données économiques et évaluer des risques d’investissement, un cas d’usage qui aurait nécessité des abonnements coûteux à des plateformes spécialisées il y a encore peu. Cette adoption par les entreprises technologiques kényanes illustre comment un outil gratuit et performant peut accélérer la sophistication analytique de startups qui n’auraient pas eu accès à des ressources équivalentes autrement.
Les questions de confidentialité que pose son succès
Ce succès fulgurant s’accompagne toutefois de sérieuses réserves. DeepSeek stocke l’ensemble des données de ses utilisateurs en Chine, où elles relèvent de la juridiction légale chinoise, contrairement à des concurrents comme ChatGPT ou Gemini qui opèrent sous des régulations occidentales de protection des données comme le RGPD. Plusieurs pays européens, dont l’Italie, le Danemark et la République tchèque, ont d’ailleurs interdit à leurs administrations d’utiliser DeepSeek sur leurs appareils pour des raisons de cybersécurité. D’autres limites techniques sont également pointées du doigt, notamment une performance plus faible dans les langues locales africaines et des risques de biais ou de censure sur certains sujets sensibles, des points de vigilance que les utilisateurs professionnels devraient garder à l’esprit avant d’intégrer l’outil à des processus critiques.
Face à Microsoft Copilot et ChatGPT
Consciente de cette percée chinoise, Microsoft a intensifié sa présence en Afrique avec son assistant Copilot, cherchant à contrer l’avancée de DeepSeek sur des marchés qu’elle considère stratégiques pour la croissance future de l’IA générative. Cette bataille entre géants américains et chinois se joue désormais autant sur le prix et l’accessibilité que sur la performance technique pure, un terrain où DeepSeek conserve pour l’instant un avantage net sur le continent africain.
Questions fréquentes
Dans quels pays africains DeepSeek est-il le plus populaire ?
L’Éthiopie, le Zimbabwe, l’Ouganda et le Niger affichent une part de marché comprise entre 11 % et 14 %, tandis que l’Égypte figure parmi les cinq plus gros marchés mondiaux de l’application en nombre de téléchargements.
Pourquoi DeepSeek est-il moins cher que ses concurrents ?
Son modèle V3 égale les performances d’un modèle de la classe GPT-4 tout en coûtant environ 30 à 50 fois moins cher par token d’API, et ses poids sont librement téléchargeables en open-weight.
DeepSeek présente-t-il des risques pour les données personnelles ?
Oui, l’application stocke les données de ses utilisateurs en Chine, sous juridiction légale chinoise, ce qui a poussé plusieurs pays européens comme l’Italie, le Danemark et la République tchèque à interdire son usage sur les appareils gouvernementaux.
Les entreprises africaines utilisent-elles DeepSeek professionnellement ?
Oui, notamment au Kenya où plusieurs startups fintech s’en servent pour analyser des données économiques et évaluer des risques d’investissement.
En résumé
DeepSeek s’impose en Afrique comme un cas d’école : sa gratuité, son accès mobile-first et son coût radicalement inférieur à celui de ses concurrents en font l’outil d’IA le mieux adapté aux réalités économiques du continent, malgré des réserves légitimes sur la confidentialité des données. Retrouvez toute notre couverture de l’intelligence artificielle en Afrique dans la catégorie Intelligence Artificielle, et nos analyses de l’écosystème tech du continent dans la catégorie Tech.
Sources : Chat-Deep.ai, The Japan Times, Digital Mag Côte d’Ivoire.