Mobile money en Afrique en 2026 : pourquoi le Nigeria devient le nouveau centre de gravité

William Oussou
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Le mobile money africain change de dimension. Le marché continental, évalué à 951 millions de dollars en 2025, devrait atteindre 1,126 milliard de dollars en 2026, avant de grimper à plus de 4,3 milliards d’ici 2034 selon les projections sectorielles. Mais c’est surtout le Nigeria qui capte l’attention : porté par des acteurs comme OPay, PalmPay et Moniepoint, le pays traite désormais des volumes de transactions qui dépassent largement ceux de ses voisins est-africains, longtemps pionniers du secteur. Voici pourquoi le centre de gravité du mobile money africain bascule vers l’Afrique de l’Ouest.

Paiement mobile money via smartphone en Afrique

Un marché continental en pleine expansion

À l’échelle mondiale, le mobile money a franchi la barre des 2,3 milliards de comptes enregistrés en 2025, avec 268 millions de nouveaux comptes créés sur la seule année. L’Afrique subsaharienne reste le moteur de cette croissance, portée historiquement par le Kenya et son M-Pesa. Mais la dynamique a changé : le marché africain du mobile money croît désormais à un rythme annuel de plus de 18 %, et cette croissance est de plus en plus tirée par l’Afrique de l’Ouest, et en particulier par le Nigeria, dont la taille de marché et la vitesse d’adoption dépassent tout ce que le continent avait connu jusqu’ici.

Le Nigeria, nouveau centre de gravité du mobile money africain

Les chiffres nigérians donnent le vertige. Au premier trimestre 2025, les transactions mobile money ont atteint 20,71 billions de nairas (environ 13,49 milliards de dollars), soit une hausse de 1 518 % par rapport au premier trimestre 2021. Sur les douze derniers mois, les volumes de transactions ont progressé de 20 % et leur valeur de 16 %. À eux seuls, OPay et PalmPay revendiquent aujourd’hui plus de 90 millions d’utilisateurs cumulés, un chiffre qui donne une idée de la vitesse à laquelle le pays le plus peuplé d’Afrique a basculé vers les paiements numériques.

Billets de naira, monnaie nigeriane, symbole de la croissance du mobile money

Moniepoint : le géant discret qui redéfinit les paiements marchands

Parmi les acteurs nigérians, Moniepoint s’est imposé comme le plus gros opérateur de paiements marchands du pays. La fintech a traité 412 billions de nairas (environ 297 milliards de dollars) sur plus de 14 milliards de transactions, ce qui en fait le premier acquéreur marchand du Nigeria. Elle assurerait désormais près de 80 % de tous les paiements numériques en face à face effectués dans le pays, au service de plus de six millions d’entreprises actives et de plus de seize millions d’utilisateurs individuels. Cette position dominante sur le segment marchand illustre un phénomène propre au Nigeria : contrairement au Kenya où le mobile money s’est d’abord développé autour des transferts entre particuliers, c’est ici le commerce de détail qui tire la bascule vers le numérique.

PalmPay et OPay : la bataille pour le grand public

Sur le segment grand public, la concurrence entre PalmPay et OPay s’intensifie. PalmPay a vu son volume de transactions quotidiennes grimper à 15 millions en 2025, contre 10 millions en 2024, avec un taux de rétention client de 80 % et une moyenne de 50 transactions mensuelles par utilisateur actif, un niveau d’engagement rarement observé sur d’autres marchés africains. Signe de la confiance grandissante des régulateurs envers ces acteurs, la Banque centrale du Nigeria (CBN) a relevé, en janvier 2026, la licence de PalmPay au rang d’institution financière nationale, lui permettant désormais d’opérer dans l’ensemble des États du pays sans restriction régionale.

Femme africaine tenant un telephone et de l argent, utilisation du mobile money

Pourquoi une telle explosion ? Les moteurs de la croissance

Plusieurs facteurs expliquent cette accélération. L’adoption croissante des smartphones abordables reste le premier moteur, couplée à un soutien réglementaire plus favorable de la part de la CBN, qui a multiplié les licences accordées aux fintechs ces dernières années. L’essor du commerce en ligne et la multiplication des points de vente équipés de terminaux de paiement numériques jouent également un rôle central, tout comme la défiance persistante d’une partie de la population envers les banques traditionnelles, jugées lentes et coûteuses face à des applications mobiles gratuites et quasi instantanées.

Le cash résiste encore

Il serait toutefois excessif de parler de disparition du cash. Malgré cette croissance spectaculaire des paiements numériques, les transactions en espèces au Nigeria ont atteint 5,19 billions de nairas récemment, un rappel que l’économie informelle et les zones rurales restent en grande partie hors du radar du mobile money. La coexistence entre cash et paiements numériques devrait se poursuivre encore plusieurs années, notamment dans les régions où la couverture réseau et l’accès à l’électricité restent inégaux.

Ce que cela signifie pour le reste du continent

Le basculement du centre de gravité vers le Nigeria a des implications au-delà de ses frontières. Les investisseurs qui cherchaient historiquement une exposition au mobile money africain via le Kenya ou l’Afrique de l’Est regardent désormais de plus près l’Afrique de l’Ouest, où la taille du marché nigérian crée un effet d’entraînement pour le Ghana, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire. Pour les startups fintech de la région, le succès de Moniepoint, OPay et PalmPay sert aussi de modèle réplicable : miser sur les paiements marchands plutôt que uniquement sur les transferts, et construire une infrastructure suffisamment robuste pour absorber une croissance à trois chiffres.

Questions fréquentes

Pourquoi dit-on que le Nigeria devient le centre du mobile money africain ?

Parce que ses volumes de transactions et le nombre d’utilisateurs de plateformes comme OPay, PalmPay et Moniepoint dépassent désormais ceux des marchés est-africains historiquement pionniers, comme le Kenya.

Quelle est la taille du marché africain du mobile money ?

Il était évalué à 951 millions de dollars en 2025 et devrait atteindre environ 1,126 milliard de dollars en 2026, avec une croissance annuelle projetée de plus de 18 % jusqu’en 2034.

Qui sont les principaux acteurs du mobile money au Nigeria ?

OPay, PalmPay et Moniepoint dominent le marché. Moniepoint s’impose sur les paiements marchands, tandis qu’OPay et PalmPay se disputent le grand public avec plus de 90 millions d’utilisateurs cumulés.

Le cash a-t-il disparu au Nigeria ?

Non. Malgré la croissance des paiements numériques, les transactions en espèces représentent encore plusieurs billions de nairas, notamment dans les zones rurales et l’économie informelle.

En résumé

Le Nigeria s’impose progressivement comme le nouveau moteur du mobile money africain, porté par des fintechs locales qui ont su capter à la fois le grand public et les commerçants. Pour les entrepreneurs et investisseurs qui suivent la fintech africaine, ce basculement mérite d’être surveillé de près dans les prochains mois. Retrouvez toute notre couverture de l’écosystème fintech dans la catégorie Finance, et les tendances technologiques plus larges du continent dans notre catégorie Tech.

Sources : TechCabal, Innovation Village, Brand Communicator.

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