Malgré des années de discours sur la révolution du mobile money, environ 400 millions d’Africains restent aujourd’hui non bancarisés, selon les dernières données de la fondation AfricaNenda. Ce chiffre, à lui seul, résume la contradiction du secteur : le continent est devenu le premier marché mondial des paiements mobiles, mais une part considérable de sa population reste en dehors du système financier formel. En 2026, où en est vraiment l’inclusion financière en Afrique ? Voici un état des lieux, entre progrès réels et inégalités persistantes.
Le chiffre qui résume tout : 400 millions d’Africains toujours non bancarisés
Selon le rapport SIIPS (State of Inclusive Instant Payment Systems) 2025 publié par AfricaNenda, environ 400 millions de personnes sur le continent n’ont toujours pas accès à un compte financier formel, qu’il s’agisse d’un compte bancaire ou d’un portefeuille mobile money. Ce chiffre illustre les limites du narratif dominant selon lequel le mobile money aurait déjà résolu le problème de l’inclusion financière africaine. En réalité, la croissance des transactions numériques profite d’abord aux populations urbaines déjà connectées, tandis que les zones rurales et les segments les plus pauvres de la population restent largement en marge.
Les paiements instantanés, nouveau moteur de l’inclusion
Il existe toutefois un signal positif : les systèmes de paiement instantané inclusifs (IIPS) ont traité près de 2 000 milliards de dollars de transactions en 2025 sur le continent, selon la même étude SIIPS. Les données montrent une corrélation forte entre l’existence d’un système de paiement instantané interopérable au niveau national et une progression plus rapide de la possession de comptes financiers ainsi que de l’usage des paiements numériques. Autrement dit, les pays qui ont investi dans des infrastructures de paiement ouvertes et interconnectées progressent plus vite sur l’inclusion financière que ceux qui laissent chaque opérateur construire son propre système fermé.
Femmes : un écart qui se referme lentement
L’un des angles morts persistants de l’inclusion financière africaine concerne les femmes. En Afrique subsaharienne, seulement 49 % des femmes possèdent un compte financier, contre 61 % des hommes, soit un écart de 12 points de pourcentage qui ne se referme que très lentement d’une année sur l’autre. Cet écart se retrouve à tous les niveaux : alors que 86 % des hommes africains possèdent un téléphone mobile, ce taux tombe à 77 % chez les femmes, et l’écart grimpe à 37 % pour l’usage d’internet mobile, laissant plus de 190 millions de femmes africaines déconnectées des services financiers numériques. Sur l’accès au crédit, la situation est encore plus marquée : moins de 20 % des femmes accèdent à des prêts auprès d’institutions financières formelles, la majorité d’entre elles se tournant vers l’emprunt informel (36,5 % contre 26,7 % chez les hommes), souvent plus coûteux et moins sécurisé.
Les zones rurales, angle mort de l’inclusion financière
Au-delà de la question du genre, la fracture géographique reste tout aussi déterminante. Les populations rurales font face à un accès limité aux agences bancaires, aux distributeurs automatiques et parfois même aux réseaux mobiles, ce qui les exclut mécaniquement des services financiers numériques. Le coût des données mobiles constitue une autre barrière majeure : dans plusieurs pays, le prix d’un forfait data reste hors de portée pour une partie significative de la population rurale, particulièrement pour les femmes qui disposent en moyenne de revenus plus faibles. Cette double exclusion, géographique et économique, explique pourquoi certaines régions progressent beaucoup plus lentement que les grandes métropoles tech du continent.
Ce qui fonctionne : les leçons du Sénégal et d’ailleurs
Certaines initiatives locales montrent qu’il est possible d’accélérer les choses. Au Sénégal, des programmes ciblés d’inclusion financière destinés aux femmes entrepreneures ont permis d’améliorer significativement leur accès au crédit et aux outils d’épargne numérique, en combinant formation financière, garanties adaptées et distribution via des agents de proximité plutôt que des agences bancaires classiques. Ces approches, qui s’appuient sur des réseaux d’agents locaux et des produits financiers pensés spécifiquement pour les besoins des femmes et des populations rurales, sont de plus en plus reprises par d’autres pays d’Afrique de l’Ouest et de l’Est, avec des résultats encourageants sur l’ouverture de comptes et l’usage régulier des services financiers.
Vers 2030 : l’objectif d’un accès universel
Plusieurs stratégies nationales, comme la Stratégie nationale d’inclusion financière 2022-2026 déployée dans certains pays, visent désormais 90 % d’inclusion financière pour les petites entreprises, avec un accent particulier sur les femmes et les jeunes en zone rurale. À l’échelle continentale, AfricaNenda et ses partenaires visent un accès universel aux systèmes de paiement instantanés inclusifs d’ici 2030. Pour y parvenir, les experts du secteur s’accordent sur trois priorités : étendre la couverture réseau et réduire le coût des données dans les zones rurales, développer des produits financiers adaptés aux besoins spécifiques des femmes, et renforcer l’interopérabilité entre systèmes de paiement pour que l’inclusion financière ne se limite plus aux populations urbaines déjà connectées.
Questions fréquentes
Combien d’Africains sont encore non bancarisés en 2026 ?
Environ 400 millions de personnes, selon le rapport SIIPS 2025 d’AfricaNenda, restent sans accès à un compte financier formel, qu’il soit bancaire ou mobile money.
Quel est l’écart d’inclusion financière entre hommes et femmes en Afrique ?
En Afrique subsaharienne, 49 % des femmes possèdent un compte financier contre 61 % des hommes, soit un écart de 12 points de pourcentage qui se retrouve aussi dans l’accès au mobile et à internet.
Pourquoi les zones rurales restent-elles à la traîne ?
L’accès limité aux agences bancaires, aux réseaux mobiles et le coût élevé des données créent une double exclusion géographique et économique qui freine l’adoption des services financiers numériques.
Quel rôle jouent les paiements instantanés dans l’inclusion financière ?
Les pays dotés de systèmes de paiement instantané interopérables progressent plus vite sur l’ouverture de comptes et l’usage des paiements numériques, selon les données SIIPS 2025, qui ont enregistré près de 2 000 milliards de dollars de transactions sur le continent.
En résumé
L’inclusion financière africaine progresse, mais reste marquée par de fortes inégalités entre villes et campagnes, et entre hommes et femmes. Les paiements instantanés et les initiatives ciblées comme celles menées au Sénégal montrent la voie, mais atteindre l’objectif d’un accès universel d’ici 2030 exigera des investissements soutenus dans les infrastructures rurales et les produits financiers adaptés aux femmes. Retrouvez toute notre couverture de la fintech et de l’inclusion financière africaine dans la catégorie Finance, et nos analyses de l’écosystème tech du continent dans la catégorie Tech.
Sources : AfricaNenda Foundation, Opportunity International UK, Pan African Visions.